L’étonnant pouvoir des couleurs, Jean-Gabriel Causse

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Dans le dédale de grands formats entreposés dans une bibliothèque, un livre préside à coup sûr l’assemblée des trop nombreuses lectures qui se dressent fièrement sur le devant de l’étagère principale. Dans cette myriade de grands noms et de jolis voyages littéraires, un grand format, fier comme un paon, ne fait pas pâle figure face au Panthéon des grands classiques de notre littérature. Et pour cause, son étonnante couverture, à grands renforts de couleurs vives, accroche le regard du curieux et stimule le néocortex de l’homo sapiens que vous êtes. Son bleu profond excite votre rétine, et tandis que votre cerveau cogite sans même que vous n’en ayez conscience, « il vous relaxe et vous invite donc à prendre un peu de temps pour poursuivre cette lecture ».

De là naît le postulat de Jean-Gabriel Causse : l’être humain est sous l’influence de la couleur, elle est capable de modifier notre perception du monde réel comme elle a la faculté de modifier nos comportements. « Allons donc », se dit alors le lecteur lambda, scepticisme à l’appui et mauvaise foi totale, qui jurerait ne s’être approché de ce livre en question que pour l’attrait de son titre et l’originalité du sujet. Et pourtant, ma bonne foi vous dirait bien que ce bouquin ne s’est retrouvé là entre mes mains – en grande partie – que par sa désarmante couverture et le charme incontestable de son artifice. Et dans cette affaire, la couleur – « innocente » séductrice – n’est pas blanche comme neige.
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Boyhood : douze années en un récit

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Le temps passe, mais l’histoire se répète. L’histoire se répète, inlassablement, comme un boomerang que le gamin d’une dizaine d’années envoie naïvement dans les airs et qui, onze ans plus tard, lui revient à la figure comme si tout n’avait été que ce battement d’aile d’un papillon qui n’avait séparé ces deux personnes viscéralement identiques et profondément différentes à la fois, que d’une demi seconde de douce folie, d’insouciance et de légèreté éphémère.

Boyhood est le tableau magistral de Mason, petit garçon et jeune homme en devenir, haut comme trois pommes, doté d’une expérience en bêtise de neuf longues années, que le réalisateur Richard Linklater a décidé de suivre durant douze années au rythme d’une semaine de tournage par an. On se rend bien vite compte, en épluchant les dossiers de presse et les critiques dénichées au détour d’une curieuse visite sur le grand carrefour des blogueurs passionnés, que Boyhood est avant tout une petite révolution dans le monde du 7e art, une jolie expérience audiovisuelle dans un monde cinématographique régi par les doublures et gouverné par le maquillage. Le réalisateur a décidé de suivre les mêmes personnages durant douze ans, afin d’étudier la thématique du temps – perceptible à chaque seconde que se déroule la trame et s’affinent les traits des personnages –, tout en répudiant l’idée visant à demander à plusieurs acteurs à différentes étapes de leur vie, de jouer le même et seul rôle – idée qui ne parvient pas toujours à tromper le spectateur. Il offre ainsi douze années en « pâture » aux spectateurs, avec l’accord des interprètes principaux, et nous dévoile un pan entier de leur existence, donnant au Temps son plus grand rôle, celui de toute une vie, entre personnage principal et maître incontesté de cette œuvre cinématographique au concept rare. Lire la suite

Docteur de l’Espoir, Dr Hawa Abdi

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« Comment est-ce possible ? Comment se peut-il, au cœur de ce qui a été qualifié d’Etat le plus défaillant de la planète, qu’il existe encore un refuge, une société vivant en harmonie dans un village simplement baptisé du nom d’une femme ? »

Son nom vous sera inconnu en Occident, pourtant ses grandes actions et sa détermination habitent encore les régions terriblement ravagées par la misère de l’Afrique profonde. Alors que des milliers de Somaliens fuient le pays et croisent sur leur chemin ONG et travailleurs de l’humanitaire qui « envahissent » l’Etat le plus dangereux de la planète – une nation en dérive au milieu d’un champ de ruine –, cette femme aux convictions indestructibles fait foi de n’abandonner personne, et s’attèle au métier le plus difficile au monde : offrir un peu de sa personne au cœur de la barbarie, soigner les plaies et panser les douleurs béantes de ces anonymes victimes de bouleversements politiques.

Il y a dans ce « personnage », digne d’intérêt, quelque-chose de fort : son caractère, bien trempé ; sa détermination à poursuivre sa tâche, années après années, de rendre service à la communauté et de guérir petites plaies et grandes blessures, qu’elles soient du corps ou du cœur ; ainsi que sa conviction, celle d’être encore vivante lorsque naîtra cette belle et grande Somalie aujourd’hui encore bombardée par les famines, les guerres civiles et les coups d’Etat à répétition. Elle défend la condition humaine avant les intérêts personnels, elle aspire à la naissance d’une Somalie unie et pacifiste, nettoyée des seigneurs de guerre qui, de lois, ne voudraient imposer que celle de la nature. Qui aurait cru que ce pays au soleil d’or serait le berceau d’une rivière de sang ? Lire la suite

Zaz

zaz

Je suis plutôt grand consommateur d’images que mélomane invétéré qui saurait discerner avec agilité les notes d’une composition et reconnaître les instruments entre mille, et mes amis ont toujours eu l’habitude de m’attribuer les pires sobriquets sur mes goûts musicaux qu’ils jugeaient peu convaincants, de piètre qualité, trop commerciaux à leur goût. La critique, c’est ainsi le seul écho qui a toujours résonné à l’annonce de mes goûts musicaux, ou à mes vaines paroles lorsque j’avais l’audace de leur conseiller, tout simpliste que j’étais et non sans une pointe d’ingénuité, quelques « bons groupes » qui me plaisaient.

La critique, c’est cette triste dame, arrogante et dérangeante qui, sous ses airs un peu pompeux et ses mimiques de Madame-je-sais-tout, a toujours accompagné Zaz dans chacune de ses productions musicales. Les productions musicales de cette artiste, au timbre rauque et au style jazz manouche typique, furent souvent mises à l’index par ces « tous puissants » de la critique, pourfendeurs de grandes mélodies et défenseurs des Codes de la musique, qui de leurs bons mots à la lame acérée, assenèrent de leurs rires gargantuesques le coup ultime, sanglant, tranchant, irrévocable, et ce avant même que ne retentisse une seule de ses notes : « musique de piètre qualité, chanteuse en carton ». Lire la suite

Faites-le!, Marek Halter

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Sa vie aurait de quoi faire pâlir les plus grands chefs d’Etat, ses anecdotes, croustillantes parfois, rendraient verts de jalousie ceux qui aiment à s’immiscer dans les arcanes du pouvoir. Marek Halter n’est pas simplement un nom que beaucoup connaissent pour ses engagements dans des œuvres humanitaires, dans des associations à présent devenues les symboles des luttes contemporaines contre la pauvreté, l’exclusion sociale et le racisme (SOS Racisme, Ni Putes ni soumises, l’ONU, etc.) Il est avant tout un être humain gorgé d’expérience, qui connut le ghetto de Varsovie, la fuite face à la montée du nazisme, une jeunesse misérable en Ouzbékistan, la dictature militaire de Perón en Argentine, le premier conflit européen après la seconde guerre mondiale – l’explosion de la Yougoslavie qui s’en suivit – et qui, surtout, fut l’un des premiers témoins du déchirement Israélo-palestinien. Son indignation est un chant à elle toute seule, le chant d’une voix qui claironne à tous vents, envers et contre tous parfois, que ce monde où règne l’injustice n’est garant d’aucune légitimité. Et son indignation, profonde et humaniste, qui naît indéniablement de sa culture humaine et du traumatisme de son enfance, est exaltée par les millions d’images que nous déversent les médias sur les conflits qui pilonnent les terres et bombardent les cœurs. Lire la suite

La mort est mon métier, Robert Merle

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« Le Reichsführer Himmler bougea la tête, et le bas de son visage s’éclaira…

– Le Führer, dit-il d’une voix nette, a ordonné la solution définitive du problème juif en Europe.
Il fit une pause et ajouta :
– Vous avez été choisi pour exécuter cette tâche.
Je le regardai. Il dit sèchement :
– Vous avez l’air effaré. Pourtant, l’idée d’en finir avec les Juifs n’est pas neuve.
– Nein, Herr Reichsführer. Je suis seulement étonné que ce soit moi qu’on ait choisi… »

La mort est mon métier est une biographie romancée de 384 pages centrée autour d’un personnage odieux et complètement déshumanisé. Ce bouquin nous plonge au cœur de l’abominable machine à tuer qu’est le camp d’extermination d’Auschwitz, et dans l’effroyable vie de Rudolf Lang (Rudolf Hoess), commandant SS monstrueux et père de famille bienheureux à ses heures perdues. Robert Merle retrace la vie, de son enfance à sa condamnation, de ce jeune homme autoritaire, impitoyable et torturé, de ses treize ans à ses années folles – consacrées à la « lente et tâtonnante mise au point de l’usine de mort (du village d’Auschwitz) ». Lire la suite

Carrie Diaries, Le journal de Carrie vingt ans avant Sex and the City

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Emily de Cafe-Powell publiait il y a peu un article sur Carrie Diaries, une nouvelle série apparue il y a peu sur nos écrans qui se réapproprie le personnage de Carrie Bradshaw, célèbre de nom pour avoir été l’héroïne de Sex & The City. Personnage sincère et représentatif de la femme moderne, elle avait séduit durant six saisons les téléspectateurs du monde entier, s’imposant comme le modèle au féminin de millions de jeunes demoiselles, qui abordait des thèmes très contemporains, ceux de la recherche de l’éternel amour, de la beauté, du remède contre la vieillesse et des problèmes de sexualité. Si ces thèmes transversaux apparaissent également dans cette nouvelle série, vingt années plus tôt, ils n’en sont pas pour autant traités avec autant d’audace et de liberté. Lire la suite